Lundi ou Mardi dernier, 9h03. Notion rame. Pas grave, j’ouvre ChatGPT pour dégrossir un brief. Timeout. Je bascule sur Claude. Erreur 529. Par réflexe, je passe sur Gmail pour vérifier un détail : le webmail met quarante secondes à charger.
Une vraie panne ? Non. Juste une matinée un peu moisie.
Mais je venais de perdre vingt-cinq minutes. Et je n’avais rien fichu…
Ça, c’est pas un scénario catastrophe. C’est le quotidien.
Le vrai sujet, ce n’est pas Project NOMAD
Project NOMAD a fait 11 500 étoiles sur GitHub en quelques jours, dont 2 294 en une seule journée, selon les données GitHub Trending de mars 2026. Le projet est devenu numéro 1 des dépôts tendance le 21 mars. Derrière l’acronyme (Node for Offline Media, Archives, and Data), un serveur local gratuit qui embarque Wikipedia, une IA hors ligne via Ollama, des cartes OpenStreetMap et les cours Khan Academy. Une fois installé, il fonctionne sans aucune connexion.
Les médias en ont parlé comme d’un truc pour « preppers ». Pour survivalistes. Pour gens qui vivent sur un voilier au large des Açores.
Sauf que 11 500 étoiles en trois jours, ce ne sont pas 11 500 survivalistes.
Ce sont surtout des développeurs, des créateurs, des curieux. Des gens qui bossent à longueur de journée avec des outils cloud et qui se posent, en silence, la même question.
Que se passe-t-il si tout ça tombe ?

Ce que NOMAD révèle sur nos métiers
Je bosse avec une plusieurs outils en ligne. Rédaction, réseaux sociaux, gestion de projet, facturation, IA, analytics, hébergement. Chacun avec son compte, son abonnement, son API, ses conditions générales qui peuvent changer demain matin.
Zéro résilience.
Si trois d’entre eux tombent en même temps, je ne livre pas. Si un seul double ses prix, j’ai une semaine pour migrer. Si une IA décide que mon usage ne lui plaît pas, je peux perdre l’accès sans préavis.
Ce n’est pas théorique. Des comptes OpenAI bloqués sans explication, des outils d’automatisation rachetés puis dégradés, des plateformes qui changent leurs tarifs d’un jour à l’autre : tous les créateurs un peu installés ont vu ça passer, directement ou chez un collègue.
La vraie question que pose NOMAD, ce n’est donc pas « et si internet tombait ? ». C’est : « qu’est-ce qui t’appartient vraiment dans ton activité ? »
Ne tombe pas dans l’autre extrême

Installer NOMAD sur un vieux PC dans ton salon ne te rend pas autonome. Ton business continue de tourner à 95% dans le cloud. L’illusion de résilience est un piège à geeks.
En pratique, NOMAD résout un problème précis : préserver un accès à la connaissance et à une IA basique si ta connexion lâche plusieurs jours. Pour un créateur, c’est intéressant comme filet de sécurité. Ce n’est pas une stratégie.
La vraie stratégie est beaucoup moins sexy. Exporter ses données régulièrement. Héberger ses contenus propres à un endroit qu’on contrôle. Ne jamais dépendre à 100% d’un seul outil pour une tâche critique. Identifier les deux ou trois briques qui, si elles sautent, paralysent l’activité. Et avoir un plan B minimal pour celles-là.
Ce que ça change en gros…
La hype autour de NOMAD va passer. Elle passe toujours. Dans six mois, le projet aura soit explosé soit refroidi. Peu importe.
La question, elle, reste.
Pendant que tu empiles les abonnements SaaS pour optimiser ton workflow, tu empiles aussi tes points de rupture. Chaque nouvel outil est une case supplémentaire sur la liste de ce qui peut te lâcher un mardi matin à 9h03 ou 04 je ne sais plus.. ( En fait j’ai plutôt regarder après les 20 minutes perdues ).
Regarde ta stack. Liste-la. Pour chaque outil, demande-toi : s’il disparaît demain, combien de temps je perds pour le remplacer ?
Si la réponse dépasse une journée pour plus de trois outils, tu n’as pas un problème de survivaliste. Tu as un problème de business.
C’est ça que Project NOMAD met sur la table, sans le dire.